Tremal-Naik, l'un des héros de Salgari.
S'il existe peu d'auteurs majeurs de romans d'aventures italiens, c'est sans doute que l'histoire du pays n'a guère favorisé une telle littérature. L'Italie, trop occupée à consolider sa cohésion nationale, a cherché très tard à mettre en place une politique coloniale. Et l'on sait que le roman d'aventures a été très lié à l'importance des visées impériales de la nation. Aussi, ne peut-on guère citer comme grands auteurs de romans d'aventures qu'Emilio Salgari et Luigi Motta.
Pour en savoir plus: Vous pouvez consulter Felice Pozzo, Emilio Salgari e Dintorni, Naples, Liguori Editore, 2000.
Emilio Fancelli (1892-1971).
Né en 1892, Emilio Fancelli a été un lecteur
passionné de romans d'aventures dans son enfance, lisant "les oeuvres de Jack
London, de James Oliver Curwood, de Jules Verne, mais
Salgari restait [son] auteur favori"
(interview de 1958, citée par Felice Pozzo dans Emilio Salgari e dintorni).
L'influence de Salgari est frappante chez
cet auteur, non seulement dans les oeuvres qui reprennent directement celles
de l'Italien, mais aussi dans les romans situés dans d'autres univers de
fiction. L'admiration de l'auteur pour Salgari
l'aurait même conduit à appeler un de ses fils Yanez, du nom du fameux
Portugais campé par Salgari.
Fancelli est l'auteur de romans d'aventures géographiques inspirés de ceux d'Emilio Salgari. Il a écrit de nombreuses suites du cycle des Pirates de la Malaisie, parmi lesquelles on peut citer la série des Pantere di Timor (Mompracem contro i Dacoiti, Yanez la Tigre Bianca...), ou celui d'Il Figlio di Yanez (1928). Il s'inscrit donc dans cette longue généalogie d'imitateurs et de continuateurs de la matière salgarienne, tout à fait particulière au phénomène du roman d'aventures italien: il succède dans ce rôle à Omar et Nadir Salgari, mais aussi à Luigi Motta ou à Gustavo Marolla. Comme les autres imitateurs de Salgari, Fancelli s'intéresse davantage à Yanez qu'à Sandokan, sans doute parce que le modèle eurocentriste et colonial rend ce personnage plus acceptable que celui de l'Indien révolté. Il prolonge sa généalogie, évoquant le fils de Yanez (Il Figlio di Yanez) comme existait chez les continuateurs de Dumas le fils de Porthos ou le filleul d'Aramis. Il en fait un double de Yanez, aussi courageux que lui.
On lui doit également un certain nombre de romans d'aventures exotiques, situés en particulier dans le cadre mexicain, comme I cavalieri della notte, ou I vagabondi delle frontiere (1925, on notera la proximité qui existe entre le cadre, le titre, et ceux d'un autre écrivain fameux, Gustave Aimard, qui a écrit Les rôdeurs des frontières) - il est possible que Fancelli ait lui-même participé à la Révolution mexicaine aux côtés de Pancho Villa. Plus généralement, Fancelli a écrit de nombreux romans situés dans l'Ouest, mais aussi des romans d'aventures historiques (L'Ussero di Napoleone, Al servicio della regina...). A la fin de sa vie, il a créé le personnage d'El Rajo, justicier masqué rappelant Zorro, le héros de Carson McCulley, mais sans doute inspiré d'El Coyote, le justicier créé par José Mallorqui.
(Ces informations sont largement empruntées à l'ouvrage de Felice Pozzo, Emilio Salgari e dintorni).
Luigi Gramegna (1846-1928).
Gramegna est l'auteur d'une série de romans historiques en langue piémontaise.
Il a été qualifié par Umberto Eco d' "Alexandre
Dumas italien" (mais Eco avait également donné ce titre à Luigi Natoli...).
Il enracine son oeuvre dans le cadre piémontais, évoquant de nombreux
personnages historiques. On citera, parmi ses oeuvres, Dragoni Azzuri
(1906, son récit le plus fameux, évoquant la fameuse bataille de Turin de 1706
durant la guerre de succession espagnole), Il Cicisbeo (évoquant la
bataille de l'Asti, en 1747) ou I tre paletti (du nom d'un fameux
régiment piémontais ayant participé à la campagne de Russie en 1812). Si
l'intrigue souvent mouvementée évoque parfois
Dumas, le fondement nationaliste et
l'importance des racines doit plus profondément au roman historique national
dans la tradition de Walter Scott, celui de
Fernandez y Gonzalez en
Espagne ou d'Henryk Sienkiewicz.
L'oeuvre de Gramegna a été en grande partie republiée par l'éditeur turinois Viglongo, à qui l'on doit égament des éditions savantes d'Emilio Salgari.
Luigi Motta (1881-1955), auteur de romans d'aventures géographiques (Gli abandonnati del Galveston, Il segreto del re Bassutos, Un dramma nell'Africa Australe), et de romans d'aventures fantastiques (Il raggio disintegratore, L'onda turbinosa). Il est également à l'origine d'un grand nombre de suites apocryphe du cycle des pirates malais créé par Emilio Salgari (La tigre della Malesia, Lo scettro di Sandokan, La gloria di Yanez ou encore Addio Mompracem). Lire la notice longue consacrée à cet auteur.
Yambo
(Enrico Novelli, 1876-1943). Auteur de romans d'aventures
parodiques, souvent mâtinés d'anticipation, qui rappellent un peu les oeuvres
d'Albert Robida. Comme ce dernier d'ailleurs, Yambo illustre ses romans de
dessins, représentant les inventions farfelues qui parsèment ses romans. Dans
Il corsaro Giallo, il reprend sur un ton comique l'univers inventé par
Emilio Salgari dans son cycle des Corsaires, et se moque en passant des
multitudes de Corsaires de seconde zone, de toutes les couleurs de
l'arc-en-ciel, créés par les épigones de l'Italien. Dans Il Manoscritto
trovato in una bottiglia, il joue avec l'imaginaire du récit de mondes
perdus et avec l'intertexte d'Edgar Allan Poe. Dans Due anni in velocipede,
il reprend les règles des récits de voyages extraordinaires, rappelant en
particulier Al polo Australe in velocipede d'Emilio
Salgari. Dans Capitan Fanfara, il raconte un tour du monde
en automobile qui s'inscrit, en plus plaisant, dans la tradition de Jules
Verne et de Paul d'Ivoi. Mais c'est surtout Gli
eroi del Gladiator (1900) qui a fait la gloire de l'auteur. Dans ce roman,
il décrit le périple de personnages dans le monde colonial... de l'an 2000.
Etrange univers, fortement marqué par les archaïsmes d'une vision coloniale et
raciste, dans lesquels les Noirs vivent encore en tribus primitives de
cannibales (ce qui met à mal l'authenticité des discours positivistes du
colonialisme à l'époque!), et où les conflits géopolitiques restent les mêmes
que ceux de la fin du XIXè siècle; cet espace inchangé du XIXè siécle
finissant tel qu'il pensait le monde dans ses romans d'aventures géographiques
se téléscope avec un univers de machines formidables, trains, dirigeables,
canons géants. Mais c'est surtout un univers excentrique, dans lequel les
voitures sont tirées par des autruches et où les femmes sympathisent avec les
lions... C'est son absence de prétention, son désir d'amuser et de s'amuser,
qui fait le charme de l'oeuvre de Yambo.
A notre connaissance, il n'existe qu'un roman de Yambo traduit en français: Le manuscrit trouvé dans une bouteille, chez Albin Michel.
Où trouver des romans d'aventures italens?
On trouve quelques oeuvres de ces auteurs sur abebooks.fr, même si elles ne sont pas très nombreuses.