(Retour à la première partie.)

 

(Première partie).

  Eugène Sue et Les Mystères de Paris.

Les mystères de Paris et le roman-feuilleton.

Les « mystères urbains » en Angleterre et l’œuvre de G. W. M. Reynolds.

 

(Deuxième partie).

(Lire la version italienne).

Paul Féval et les « mystères urbains » français.

Les « mystères urbains » en Espagne, en Allemagne et aux États-Unis.

Francesco Mastriani et les « mystères urbains » en Italie.

Autres « mystères urbains ».

Bibliographie

 

 

Paul Féval et les « mystères urbains » français.

 

En France, entre temps, Paul Féval (1817-1887), sans avoir jamais traversé la Manche et sans connaître un mot d’anglais, commençait à donner au Courrier français, à l’invitation d’Anténor Joly, ses Mystères de Londres, sous le pseudonyme de Sir Francis Trollop. La publication du roman débute le 20 décembre 1843 et se termine le 12 septembre 1844. Il connaît lui aussi immédiatement un succès fulgurant parce qu’il décrit avec beaucoup d’imagination  toutes les dépravations les plus odieuses attribuées à l’époque aux Anglais. On trouve par exemple dans son roman un épisode où le marquis de Rio Santo, alias l’Irlandais, alias Fergus O’Brean, préside une scène d’orgie dans les souterrains d’une église où les convives sont déguisés en moines et portent tous des barbes postiches.

En annonçant Les Habits Noirs, ou la mafia au XIXème siècle (1863-1875), Les Mystères de Londres de Féval décrivent une société secrète, les « Gentlemen of the Night », ayant pour but l’anéantissement économique de l’Angleterre par tous les moyens possibles, légaux ou non. Autour du Marquis de Rio Santo, le chef de la secte, se meuvent de nombreux personnages qui finiront par faire échouer son entreprise, avec pour conséquence la mort de Rio Santo, tué par Clary, la fille de son meilleur ami Angus Mac Farlane.

L’œuvre la plus connue de Paul Féval reste Le Bossu (1858), roman de cape et d’épée dont le héros est le chevalier de Lagardère. Après sa conversion au catholicisme en 1877, l’auteur épurera ses œuvres de tout élément libertin ou équivoque.

 

Ces premières œuvres de Sue, Féval ou Reynolds, ont inspiré de nombreux romans, souvent de piètre qualité. En France, on citera Les Mystères de Rouen d'Octave Feré (1843), Les Vrais Mystères de Paris de Vidocq (1844), Les Mystères du Palais Royal de Sir Paul Robert alias L. Raban (1845), Les Mystères du Vieux Paris, Pierre Zaccone (1854), Les Mystères de Bicêtre de Pierre Zaccone (1864), Nouveaux Mystères de Paris d'A. Sholl (1866-1867), Les Mystères de Marseille d'Emile Zola (1867), Les Mystères de New York de William Cobb alias Jules Lermina (1874), Les Mystères de Nouveau Paris de Fortuné du Boisgobey (1876), Les Mystères de Nice de W. de Zybinn (1883), Les Mystères d’Agen d'Evariste Carrance (1891), quelques exemples pris parmi d’autres. Honoré de Balzac lui-même s’essaya au genre, avec Les Mystères de la Province.

 

 

Les « mystères urbains » en Espagne, en Allemagne et aux États-Unis.

 

En Espagne paraissent Los Misteríos de Madrid de Juan Martínez Villergas (1844) et au Portugal, Os Mistérios de Lisboa de Camilo Castelo Branco (1854). En Allemagne, Die Geheimnisse von Berlin (1843) et Les Mystères de Moine de Marc Lapierre (1884).

 

Quant aux États-Unis, ils proposent très souvent des livres de « Mystères » qui sont en réalité des adaptations de romans européens présentés comme des nouveautés. Comme le remarque Justin Gilbert (justingilb@yahoo.com), un collectionneur qualifié et scrupuleux d’origine allemande, il est difficile de déterminer la part de création et la part d’originalité de ces différentes œuvres.

Dans le nombre, on peut citer Mysteries of Boston (1844), The Mysteries of San Francisco (1844), The Mysteries of Fitchburg, Massachusetts (1844), The Mysteries of Salem! de Carolines Hargrave (1845), The Mysteries of Worcester de Henry Spofford (1846), The Mysteries of Troy de Frank Hazelton (1847), The Mysteries and Miseries of New York: a story of real life de Ned Buntline (1848), The Mysteries of Nashua (1849), The Mysteries of Philadelphie (The Quaker City) de George Lippard ou The Mysteries of New Orléans.

Mais la liste pourrait continuer avec les Mystères de la Russie, d'Athènes, de Vienne et même, de la Chine.

 

 

Francesco Mastriani et les « mystères urbains » en Italie.

 

I Misteri di Palermo

de Benedetto Naselli.

L’Italie fut prolifique en romans « mystérieux ». Il y eut, entre autres, I Misteri di Roma Contemporanea de B. Del Vecchio (1851-53), I Misteri di Palermo de Benedetto Naselli (1852), I Misteri di Livorno de Cesare Monteverde (1853-54), I Misteri di Firenze. Scene Moderne d’Angiolo Panzani (1854), I Misteri di Firenze de Carlo Lorenzini (1857), I Misteri di Genova. Cronache Contemporanee d’Anton Giulio Barrili (1867-70) ou I Misteri di Torino d’Arturo Colombi (1871).

On citera encore i Misteri della vita intima dei Borboni, publiés à Palerme entre 1860 et 1862, qui devait tenir éveillée l’attention du public comme le font aujourd’hui les récits des têtes couronnées dans nos magazines ou, à la télévision, les sagas familiales interminables comme Dallas, Dynasty, Falcon Crest ou Côte Ouest.

I Misteri di Napoli

de Francesco Mastriani.

C’est cependant I Misteri di Napoli qui est sans doute l’un des plus intéressants de tous les « mystères » italiens. Francesco Mastriani propose l’œuvre aux lecteurs du quotidien Roma entre 1869 et 1870, tout au long de 93 livraisons dans lesquelles se développe la trame complexe du récit. Mastriani est né à Naples en 1819 et est l’un des auteurs italiens de romans-feuilletons les plus connus : il en écrit 107, tous publiés dans le journal Roma; parmi ceux-ci, on peut citer La Cieca di Sorrento (1852) et La Sepolta viva (1889). Ses œuvres représentent un important témoignage des coutumes et de la psychologie du peuple et de la petite bourgeoisie, dans cette période d’incertitudes et de renouvellement qui se situe entre le Risorgimento et l’unité italienne. Ses récits sont riches en morts ressuscités, en morts tués, en rescapés morts et en moribonds hallucinés. On y rencontre des profiteurs, des voleurs, des assassins, des usuriers et autres « mariuoli » (malandrins), souvent difformes et pervers, parmi lesquels se meut le couple de Marta et Onesimo. L’épilogue est tragique, puisque le roman s’achève par la mort de Marta, qui ignorait que le père « Cecatiello » était en réalité un voleur et un assassin, responsable de la mort du perfide marquis de Masseveaux, mort dont avait été accusé injustement Onesimo.

 

 

Autres « mystères urbains ».

 

Il existe encore une catégorie de romans qui, s’ils ne font pas explicitement mention dans leur titre au « mystère », peuvent trouver leur place dans ce rapide inventaire. C’est le cas d’un grand nombre de récits de Dickens, tel Bleak House (1852-1853), c’est aussi le cas des Mohicans de Paris (1854-57) d’Alexandre Dumas (1802-1870), des Misérables (1862) de Victor Hugo (1840-1902) ou encore du cycle des Rougon-Macquart (1870-1893) d’Émile Zola (1840-1902). Les Mohicans de Paris en particulier, reprennent tous les éléments de l’œuvre de Sue, en y ajoutant une intrigue policière, et surtout un arrière-fond historique cher à l’auteur ; on y trouve enfin les motifs sociaux propres non seulement aux Mystères de Paris mais aussi à Martin, l’enfant trouvé et au Juif errant.

 

Les Mysterès de New York

di Pierre Decourcelle.

Sue avait inauguré la veine des romans « réalistes » qui fit la fortune de nombreux auteurs et fut à l’origine de la plupart des distinctions génériques de ce que l’on appelle la « paralittérature ».

 

Pierre Decourcelle privilégie, dans ses Mysterès de New York parus en 22 épisodes dans Le Matin et, en même temps, au cinéma, du 27 novembre 1915 au 28 avril 1916.

 

Entre temps, à la veille du XXème siècle, paraissent I Misteri della Jungla Nera (1895) d’Emilio Salgari (1862-1911). L’influence du célèbre roman de Sue est encore palpable dans cette œuvre, même si les événements et l’ambiance mystérieuse se déroulent désormais dans des décors plus exotiques.

 

Mais c’est une autre histoire qui a été racontée ailleurs…

 

 

Bibliographie.

 

Bianchini A., La luce a gas e il feuilleton: due invenzioni dell’Ottocento, Naples, Liguori, 1988.

 

Bleiler E. F., Introduction. Wagner, the Wehr-Wolf. By George William MacArthur Reynolds. New York, Dover Publications, 1975.

 

Brunori V., La grande impostura. Indagine sul romanzo popolare. Venise, Marsilio Editori, 1978.

 

Dalziel M., Popular Fiction 100 Years Ago: An Unexplored Tract of Literary History. Londres, Cohen and West, 1957.

 

Gilbert J., Comunicazione personale.

 

Gramsci A., Letteratura e vita nazionale. Turin, Einaudi, 1966.

 

Nathan M., Splendeurs et misères du roman populaire. Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1991.

 

Queffélec L., Le roman-feuilleton français au XIXe siècle. Paris, PUF, 1989.

 

Romano M., Mitologia romantica e letteratura popolare: struttura e sociologia del romanzo d’appendice. Ravennes, Longo, 1977.

 

Vareille J.-C., Le Roman Populaire Français (1789-1914). Limoges, PULIM, 1992.

 

 

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